BUHL
HISTOIRE D’UN CHÂTEAU MECONNU

Aujourd’hui, je vous propose de quitter notre Florival pour une visite guidée en compagnie de Noël Boillot, habitant notre village, et propriétaire d’un château en ruine dans le Doubs.

JC Keller


« Buhlois d’adoption, j’ai posé mes valises dans cette charmante et paisible cité qui m’a fait découvrir mon épouse alsacienne.
Passionnés d’histoire et d’arbres, nous avons acquis en 2009, la ruine d’un château fort et ses hectares de forêt.
Perché au revers du premier plateau franc comtois près de Baume les Dames, il domine le Doubs, rivière qui devait être « défigurée » par le creusement du grand canal.
Son donjon nous révèle un bucolique et somptueux panorama.
Cette forteresse serait contemporaine de la fondation de l’abbaye de la Grâce Dieu (1139) ainsi que d’une maison templière, situées toutes deux, à une « portée d’arbalète ».
Vigie plantée là, pour surveiller et protéger le passage des pèlerins cheminant plein sud vers Saint Jacques de Compostelle.
Cette ruine a une légende … »

Noël BOILLOT

LE CHATEAU DE SILLEY
(Tradition populaire, par Charles THURIET)

Entre Esnans et Fourbanne, sur la rive gauche du Doubs, on aperçoit de loin, au sommet de la montagne, un donjon en ruine, couronné d'un arbre séculaire, que l'on appelle le château de Silley

Le nom des anciens possesseurs de ce manoir s'est perdu dans la nuit des temps. On raconte toutefois que vers 1100, le seigneur de Silley était un haut baron, chasseur intrépide et oppresseur implacable des paysans du voisinage. Il foulait sans pitié dans ses grandes chasses les prés, les champs et les vignes. On dit même qu'un cerf, réfugié dans un oratoire, aurait été tué sur les degrés de l'autel par ce seigneur impie.

Un soir de saint Hubert, il s'égara loin des siens à la poursuite d'une louve. Brisé de fatigue, il appelle en vain ses gens; en vain sa trompe fait résonner les échos du val sombre et désert: personne ne lui répond... Un sentier, qu'il croit reconnaître, l'égare et le conduit parmi des rochers, où les ronces et les épines forment autour de lui des barrières infranchissables. Réduit, il s'assied sous un arbre, la main sur son épieu, et s'endort...

Vers minuit, il est réveillé par d'effroyables abois qui retentissent sous ses pieds dans la forêt. Il ne tarde pas à apercevoir, à la clarté douteuse de la lune qui venait de se lever, une meute de chiens terribles. Un homme fuit devant eux à toutes jambes. Derrière les chiens, un veneur à cheval les excite en sonnant une telle fanfare qu'on eût cru que le tonnerre était dans sa poitrine. Si ce n'était le diable, c'était du moins quelqu'un des siens. Le châtelain de Silley suit d'un œil hagard cette chasse infernale. Tout à coup, l'homme qui fuyait devant la meute se trouve arrêté à quelques pas de lui par de hideux squelettes; il tombe aux pieds des chiens affamés. Le diabolique veneur descend de cheval pour faire la curée.

Alors, pour la première fois de sa vie, le châtelain de Silley est saisi d'épouvante; il s'écrie aussitôt d'une voix éperdue: "Jésus Dieu!" A ces mots, chiens et veneur, tout disparaît, et le châtelain de Silley se trouve face à face avec l'inconnu, qui s'approche et lui dit:
"Jeune homme, regarde-moi, je suis ton grand-père. Chasseur comme toi sur la terre, j'ai persécuté sans pitié bêtes et gens; j'ai fait subir la mort à des villageois que mes piqueurs avaient surpris en délit de braconnage. Quand je mourus à mon tour, la vengeance de Dieu était prête. Depuis ce jour-là, une bande de mes vassaux tués me chasse avec ma meute par monts et par vaux. Chaque nuit, quand je succombe, le diable jette aux chiens mon corps en curée. Que mon exemple te serve de leçon, mon enfant! Prie Dieu pour moi; épargne la moisson et la vie du laboureur, et n'oublie jamais que tous les hommes sont frères." Et le vieux seigneur disparut.

Au point du jour, les piqueurs du châtelain de Silley retrouvèrent leur maître. Ils avaient peine à le reconnaître. Sa barbe et ses cheveux avaient blanchi; dans une nuit il avait vieilli de cinquante ans. Jamais il ne consentit à rentrer dans le château de ses aïeux. Il en fit murer la porte et combler les fossés; il fit mutiler son blason sur le mur pour que son nom même fût à jamais effacé dans le souvenir des hommes; et il s'en alla pieds nus jusqu'à Rome, en mendiant son pain. Il revint absous, vendit tout ce qu'il possédait pour aider à payer la rançon des chrétiens et pour fonder dans le vallon solitaire, où il avait été témoins de la chasse infernale, un vaste monastère, auquel le pape donna ce nom: la Grâce-Dieu.

L'histoire nous enseigne que l'abbaye de la Grâce-Dieu a été fondée en 1139, par Richard H de MONTFAUCON.

Le Bois du Roi Rodolphe

Un jour Rodolphe de Strattlingen, roi de la Bourgogne jurane, et son maître-veneur, chassant dans la forêt d'Adam-Passavant, rencontrèrent un ours énorme qu'ils poursuivirent avec leurs chiens. Rodolphe, que son ardeur poussait en avant, blessa l'animal; mais l'ours, s'étant retourné tout à coup, se précipita du côté du roi. Alors le cheval, effrayé à la vue de l'ours, eut peur, et, se cabrant, fit perdre selle à son cavalier, qui tomba et resta suspendu à l'étrier. Le Strattlingen allait périr dévoré par l'ours ou écrasé sous son propre coursier, lorsque le maître-veneur, s'élançant à terre, d'une main arrêta le cheval, et de l'autre enfonça son couteau dans les flancs de l'ours, qui expira sur le coup.
En mémoire de cet évènement, le roi voulut que le bois où il avait couru un si grand danger s'appelât de son nom le Bois-de-Rodolphe, et c'est ainsi qu'il est encore appelé de nos jours.
Arrivée à Bléfond où se trouve une source, la rivière de l'Audeux change soudain de nom. On a alors affaire au Cesserans, écrit aussi Cesseran ou Sesserant.

Documents rassemblés par Noël BOILLOT

Un peu d’histoire :
Silley-Bléfond

Le nom du petit village discret de Silley-Bléfond se présente en deux parties :

Silley : d'après les anciens, le nom de Silley viendrait du celtique: sw, en composition sy, voudrait dire "eau"; leh signifiant "rocher"; d'où: lieu où il y a une fontaine qui sort d'un rocher.

Bléfond : d'autres vous diront que Bléfond vient de ruisseau du Bas, et c'est la source bleue: Blevfons . Ou que Bléfond signifie au pied d'une montagne; il y passe un ruisseau. En effet, blew: ruisseau; fond: bas.

SILLEY-BLEFOND
(site de la mairie)

Silley-Bléfond est un petit village français, situé dans le département du Doubs et la région de Franche-Comté. Ses habitants sont appelés les Silleys.

La commune s'étend sur 4,3 km² et compte 74 habitants depuis le dernier recensement de la population.
Le village de Silley-Bléfond est situé à 400 mètres d'altitude.

Notes sur le château :

Sur le banc du village se situe la ruine d'un château bâti au début du XIIIe siècle. On peut y remarquer : un double fossé côté est, partiellement taillé dans le roc, protégeant le château à proprement parlé. Celui-ci présente un tracé quadrangulaire. A l'opposé, un second fossé taillé totalement dans le roc, barre l'accès ouest du site castral. Ce château possédait trois tours d'angles dont la plus massive avait été bâtie à l'aplomb du précipice est, sur le rocher. Elle dominait les deux autres, et protégeait l'accès du château, la courtine est et faisait saillie par rapport à la seconde tour qui marquait l'angle sud / sud-est. Cette dernière protégeait la troisième tour qui était en retrait. Le second étage de cette tour était voûté comme il est encore possible de le voir actuellement.

Le château a été assiégé par les Routiers aux alentours de 1346, lesquels ravageaient alors la région. La forteresse fut assiégée, prise et démantelée par les troupes de Louis XI, aux cours des guerres de Bourgogne, vers 1479.

De nos jours, faibles sont les vestiges du fait de la récupération des matériaux par les villageois. Il est tout de même possible de distinguer les vestiges de la courtine est, la tour d'angle sud-ouest qui battait le fossé, les soubassements de la tour sud / sud-est, les caves effondrées d'un palais, les substructures d'un bâtiment rectangulaire de 7,50 m x 3,20 m environ, la citerne d'une profondeur de plus de deux mètres et qui est totalement taillée dans le roc.
F. RIZZON

Il nous reste aujourd’hui :


· Le bois du Château où se situent les ruines du Château du XIIème siècle, dont il ne reste plus que la base d’un donjon carré, une « oubliette » et une grande muraille.
· La rivière de l’Audeux, qui s’apparente à un canyon avec des cuves ou marmites, et les cascades de Bléfond.
· Les légendes de trésors (réels ou imaginaires) que les « marmites » dissimuleraient.

 
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