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Suite du numéro 150
Les travailleurs du textile, femmes et hommes adhérents-syndicalistes
commencèrent à exercer une certaine influence sur l’action
politique, bien que la première préoccupation fut la lutte
pour la conquête de nouvelles conditions de travail et de vie. A
Buhl, les premiers ouvriers syndiqués furent élus au conseil
municipal de 27 septembre 1896 (Léo Bildstein et Joseph Stockmar).
En 1902, le nombre de sièges doubla avec l’élection
de L. Bildstein, J. Stockmar, B. Schwaller et R. Bautz.
La classe ouvrière et les prolétaires avaient leurs représentants
au conseil municipal. En 1908 une alliance fait scandale : Louis Neyer
(libéral) présente une liste commune avec les socialistes
; il sort vainqueur et est élu maire de Buhl. Il paraît même
que le soir des élections, certains, déçus par le
résultat sorti des urnes, s’en sont pris au maire et ont
essayé de le jeter dans la Lauch.
Dans les usines, pour améliorer leurs conditions de vie et de travail,
face au refus du patronat, les ouvriers n’avaient souvent qu’un
seul recours : la grève. 1870 – 1907 – 1910 –
1912, dates des
L’EMERGENCE DU SYNDICALISME A BUHL AVANT 1914
grands mouvements sociaux, les revendications ayant
toujours comme thèmes : réduction de la durée du
travail, augmentation des salaires, abolition du travail des enfants.
Après les grèves, les sanctions : ouvriers licenciés,
meneurs chassés …Plusieurs familles durent s’exiler
: les Martin, Bildstein, Lichtle, Lichtenauer, etc. Mais plusieurs d’entre
eux réussirent à l’extérieur.
J.P. Sorg, dans L’Alsace du 30 avril 1989, nous parle de ces hommes
et femmes : « Ils savent déployer leurs remarquables talents.
Un des Martin devient adjoint au maire de Mulhouse et est élu au
Landtag. Les Lichtenauer créent les meubles Lichtenauer, les Lichtle
sont devenus de gros commerçants à Zurich, et L. Bildstein
revient à Buhl et devient maire de 1920 à 1929. Pas de doute
: ces meneurs et ces agitateurs, dont les patrons locaux crurent bon de
se débarrasser, étaient des hommes énergiques et
capables ».
Mais venons-en à une grève qui se déroula aux Etablissements
Godefroy – Elsässer (Marin – Astruc). Citons le journal
« Mülhauser Volkszeitung » du 1° septembre 1909 :
« Les tisserands de l’usine Godefroy – Elsässer
ont commencé une grève samedi dernier. La direction veut
imposer aux tisseurs de travailler sur quatre métiers. Motivant
qu’actuellement avec la trame travaillée ceci est impossible.
Lundi suivant, l’atelier de tissage de Buhl, en solidarité
avec ceux de Lautenbach-Zell a aussi cessé le travail ».
3 septembre 1909 :
Le personnel en grève a remis à la direction un cahier de
revendications :
· Ne pas mettre en application le travail sur quatre métiers,
· Annulation du travail sur prime (accord) – augmentation
du salaire de 65 %
· Le préavis pour quitter l’usine est à ramener
de 4 semaines à 2 semaines
· A la mise en route, le tarif doit être communiqué
tout de suite,
· Les tarifs devront être affichés dans tous les ateliers,
· Au tissage de Lautenbach-Zell un système de chauffage
du café devra être mis en route,
· Les brimades et punitions arbitraires doivent cesser.
2 septembre 1909 :
Hier soir, deux réunions se sont déroulées à
Buhl. Elles furent bien fréquentées, par beaucoup de monde
de toutes les couches de la population. Décision fut prise que
les maires et adjoints des communes de Lautenbach, Lautenbach-Zell et
Linthal prendront contact avec la direction des Ets Godefroy – Elsässer
accompagnés par le comité de grève. Le maire de Buhl,
L. Neyer, étant cadre aux Etablissements en grève, ne participe
pas à la délégation.
18 septembre 1909 :
Le curé de Linthal ferait des tournées, le matin après
la messe, auprès des familles de grévistes, pour les inciter
à travailler.
19 septembre 1909 :
La grève dure toujours. Les fileurs et l’atelier de préparation
ont été priés, et ceci, depuis une semaine de ne
pas venir travailler. La direction a rompu tous les contacts avec le comité
de grève.
15 octobre 1909 :
La direction fait courir des rumeurs que le travail reprend. Mais elle
attend vainement la venue des travailleurs pour reprendre le boulot. Le
comité de grève a décidé de faire circuler
des listes de souscription pour les ouvriers non syndiqués qui
ne touchent aucune indemnisation.
25 octobre 1909 :
Le conseil municipal de Buhl demande l’autorisation d’organiser
des travaux d’intérêt public pour les ouvriers grévistes.
Une somme de 1 500 francs devait être versée à la
caisse de secours de la commune pour venir en aide aux travailleurs en
grève. Création d’un comité de soutien.
2 novembre 1909 :
Nouvelle séance du conseil municipal de Buhl pour statuer sur un
emprunt à effectuer de 1 500 marks pour venir en aide aux grévistes.
En présence des plus hauts imposés (MM. Temming, Schultheiss,
Guntz, Ebner, Koch, L’Homme, Ramseyer, Hossenlopp) et de 17 membres
du conseil municipal, la demande fut repoussée par 16 voix contre
et 9 pour.
De même, à Lautenbach, M. Vonesch demande le versement d’une
somme de 600 marks pour venir en aide aux grévistes. Ceci est refusé
par le conseil municipal. Par contre, ceux qui sont vraiment dans la misère
pourront se présenter à la mairie.
7 novembre 1909 :
A Buhl, devant le refus persistant de la direction de ne pas donner suite
aux revendications des grévistes, la rage au cœur, après
plus de 9 semaines de grève, les ouvriers sont retournés
au travail. A signaler que le syndicat chrétien a déjà
demandé à ses adhérents de reprendre le travail.
La situation des ouvriers en grève était devenue désastreuse
au point de vue pécuniaire. Mais à Lautenbach-Zell, la grève
continue. L’attitude de la direction a suscité le mépris
des bien-pensants.
Après chaque grève, la situation pécuniaire des familles
privées de ressources était devenue dramatique. Tout a été
fait par la volonté intransigeante des industriels, pour décourager
les ouvriers de revendiquer même les causes les plus justes. Mais
c’est grâce à la solidarité entre les familles
les plus modestes que l’on arriva à surmonter les difficultés.
Malgré l’échec répété des grèves,
la sociale démocratie continua à progresser dans la vallée.
à suivre
Jean Bader
(Président d’honneur de la M.J.C , Président –
fondateur)
Extrait de « S’Lindeblatt’ n° 25
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